Le Clair de Lune

Chroniques de l'ordre du Clair de Lune, sur le jeu World of Warcraft, serveur Kirin Tor (EU)
 
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 Depuis la forêt

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Alathæ la Rôdeuse

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MessageSujet: Depuis la forêt   Lun 8 Aoû - 22:19

LA NAISSANCE D’UNE TENDREPOUSSE

Contexte :

  • Date : -10 993 avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : Les faubourgs de Then’Ralore, dans les étendues sauvages et luxuriantes à l’Ouest du Puits d’éternité

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         - Si l’on frappe le fer, c’est pour en éliminer les éléments impurs qui fragilisent sa structure. Nos frères trouvent le fer dans la nature sous forme de minerai qui comporte des impuretés, des particules de charbon de bois par exemple. Ces impuretés sont autant de points de faiblesse.

Près du fourneau de fusion, d’où s’échappe une chaleur insoutenable pour le commun des mortels, le jeune kaldorei écoute attentivement son maître.

         - Pour le rendre plus solide, il faut le purifier et alors chauffé, le minerai devient plus souple, son corps est plus malléable. En le frappant, on va expulser les impuretés et une fois l’opération effectuée, le fer sera plus solide.

Venant interrompre cette leçon anodine par sa présence, une petite tête aux longues oreilles vint soudainement faire son apparition dans l’encadrement de la grande ouverture de la forge et s’exclama sans même s’annoncer :

         - Elle est là ! Venez ! Vite ! Elle est arrivée !

Ces simples et quelques mots eurent autant d’effet sur le jeune que sur le plus ancien. Tous deux se mirent à courir à la suite de leur messagère, laissant là leurs outils et leurs travaux commencés.

* * *

Au détour d’une ruelle, les trois kaldoreis pressés vinrent en rejoindre bien d’autres qui paraissaient l’être tout autant. Agglutinés devant la porte d’une maison ordinaire, c’est plusieurs dizaines de leurs semblables qui les avaient devancés. Les prédictions de chacun fusèrent rapidement et s’échappèrent de la petite foule qui s’était improvisée :

         - Pourvu qu’elle ait le talent de son père !
        ...
         - Qu’Elune la préserve d’avoir les yeux ambrés …
        - Oui, qu'Elle lui préfère une vie paisible et heureuse plutôt qu'extraordinaire mais tumultueuse.
        ...
         - Une chance si elle est aussi adroite avec un arc en mains que sa mère !

A travers toutes ces espérances qui ne manquaient pas de rentrer dans son oreille, le maître forgeron se glissa dans la foule, serpentant entre les siens. Habituellement exemple de politesse et de respect, il n’hésita aujourd'hui pas à jouer des coudes si cela était nécessaire et les autres ne lui en tiendrait pas rigueur. Après tout, qui pourrait reprocher à un père de vouloir découvrir sa fille qui vient de naître.




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Alathæ la Rôdeuse

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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Mar 23 Aoû - 18:28

A LA RENCONTRE DU DESTIN

Contexte :

  • Date : Environ -10 983 avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : Les faubourgs de Then’Ralore, dans les étendues sauvages et luxuriantes à l’Ouest du Puits d’éternité

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L’institutrice, à l’aide d’un bâton rectiligne, désigne un point de la carte placardée sur le plus grand mur de la salle de classe.

- Et ici ?

Un jeune kaldorei lève l’index dans un silence parfait.

- Je t’écoute.
- Il s’agit de Suramar. La grande ville-temple qui abrite les sœurs d’Elune.
- Qui sont-elles ?
- C’est un ordre de femmes qui vouent leur vie à appréhender les secrets de la déesse de la lune.
- C’est exact. Et peux-tu expliquer à ta sœur, dont l’esprit semble avoir quitté le corps, qu’elle est l’importance de savoir cela ?

Alathae, affalée sur les paumes de ses mains qui lui évitent une chute tant elle se laisse mourir de tout son poids sur ses poignets, n’entend même pas qu’on fait allusion à elle. Dans un élan d’héroïsme et de fraternité, le jeune kaldorei à qui est adressée cette question s’empresse de répondre pour couvrir sa sœur en détournant l’attention de son professeur.

- Les Sœurs d’Elune dédient leur existence à la grandeur des nôtres, nous leur devons tout ce que nous savons et tous ce que nous sommes. Nous suivons leurs instructions pour grandir encore.
- Très précisément.

Le plan du jeune kaldorei se vit couronné de succès lorsque l’institutrice s’en alla en direction d’une statuette d’Elune disposée là dans un coin de la salle de classe, tournant ainsi le dos à ses élèves, pour s’adresser directement à la déesse par le biais de son avatar de pierre.

La jeune kaldorei dont l’esprit avait effectivement déserté ce cours instructif mais trop barbant selon elle, fut soudainement tirée de ses pensées lorsqu’elle aperçut par la fenêtre par laquelle s’était échappée toute son attention, un feu follet virevolter à sa hauteur.
Elle dressa une oreille à la première vision de cet esprit libre qui dansait avant qu’il ne disparaisse, puis se redressa de toute sa hauteur lorsque celui-ci vint faire une seconde vrille devant ses yeux grands ouverts et dans lesquels se mêlaient amusement et envie. Sans même s’en rendre compte, la jeune fille était alors seule debout au milieu de tous, qui l’observaient avec beaucoup de curiosité. Par chance, l’institutrice qui s’entretenait encore avec la statuette divine n’en vit rien, et c’est cette opportunité que saisie Alathae. Sans hésiter plus d’une seconde, la jeune pousse se balança à travers la fenêtre, chutant d’une paire de mètres, elle atterrit sans dommage sur ses pieds avec une souplesse étonnante.

- C’est bien la première fois qu’il m’est donné de voir un tel esprit de la forêt, pensait-elle, et je ne gâcherais pas cette chance !

L’instant qui suivit, la Tendrepousse se mit en chasse de ce point bleu ailé qui s’en allait dans les ruelles des faubourgs de Then’Ralore. Elle ondulait avec beaucoup d’aisance entre les étalages des marchands et leurs clients, des chasseurs-cueilleurs et leurs chariots pleins des denrées forestières. Elle alla même jusqu’à se glisser entre les jambes de certains de ses semblables bien trop imposant pour être contournés. Durant toute cette course folle, aucun d’eux ne porta la moindre attention sur ce qu’elle s’était mise en tête d’atteindre.
Finalement, au détour d’une ruelle abandonnée de tous, Alathae vint se heurter à une immense façade verte et pleine de vie, laissant la ville à présent derrière elle. La lisière de la forêt qui marquée la fin de toute civilisation se dressait désormais face à elle, telle une immense muraille infranchissable.

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C’est la bouche et les yeux grands ouverts qu’Alathae contemplait les premiers arbres, déjà immenses, de cette forêt qui lui était interdite et d’où s’échappait tant de contes et d’histoires. Le feu follet, lui, ne perdit pas une seconde et s’enfonça à travers les arbustes touffues et les buissons colorés tandis que la jeune elfe l’observait, muette.
Elle s’approcha timidement des grands troncs et posa une main innocente sur l’un d’eux. Ce n’était pas la première fois qu’il lui était donné de toucher un arbre mais aujourd’hui, ce toucher avait une saveur bien différente. Elle avait déjà été en contact avec le mur naturel qui entourait la ville, mais en aujourd’hui, elle savait qu’elle allait le franchir, et c’est cela qui rendait cet instant bien plus délicieux. Caressant du bout des doigts l’arbre sur lequel sa main était toujours collée, elle venait en faire le contour pour se retrouver, déjà, et la mousse sous ses pieds pour preuve, de l’autre côté de cette frontière naturelle.
Le plus dur était derrière à présent, se rassura-t-elle, et elle s’en allait innocemment s’enfoncer un peu plus dans l’obscurité des feuillages. L’air y était plus humide, le sol plus doux et ici, le vent ne venait plus offrir que quelques tendres caresses à sa crinière bleutée. Elle se sentait si bien qu’elle se laissa guider les yeux fermés par le bien être que lui procurait ce lieu, venant même à oublier qu’elle avait perdu la trace de la surprenante créature qui l’avait amené ici.
L’ombre d’un instant, sa conscience vint l’interpeller. Elle se retournera et lorgna la grande ville elfique qui, d’ici, n’apparaissait déjà plus que par quelques fragments de mur ou de toitures visibles à travers les épais branchages de ces remparts verdoyants.
Lui vint alors à l’idée qu’il était mal de quitter la ville seule et sans surveillance, qu’il serait sans doute pire de ne pas rentrer immédiatement. Mais alors qu’elle leva un pied pour entamer sagement son retour chez les siens, elle sentit une présence dans son dos et se figea aussitôt. Surprise et intriguée, elle n’était pas pour autant apeurée par cette présence qui la rassurait, l’apaisait même, sans savoir de quoi il pouvait bien s’agir. Elle tourna doucement le menton pour regarder avec curiosité par-dessus son épaule et découvrit alors le feu follet, ce joyeux camarade qui s’amusait visiblement d’elle. Cette apparition expédia aussi sec aux oubliettes toutes les bonnes résolutions qui avaient commencés à s’emparer d’elle. Elle fit demi tour sans plus se poser une seule question, et s’en alla à la suite du feu follet, aveuglée par le sentiment qu’il lui offrait et s’enfonçant ainsi un peu plus dans la forêt.

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La fillette avançait, trainant des pieds pour caresser les feuilles, la mousse et les brindilles. Ici, tout était plus beau. Elle était subjuguée par ce qui lui était offert de voir, de sentir ou encore d’entendre. Tous ses sens étaient à l’affût de la moindre sensation de bien être que lui procurait ce lieu. Et c’est alors, aux aguets de tout son, qu’elle perçu des éclats de rires. Des éclats de rire ? En pleine forêt ?

- Voilà qui est bien surprenant, murmura-t-elle dans un souffle.

Sans doute, sans appréhension d’aucune sorte, rassurée de tout et ne craignant rien, transcendait par le bien être qui l’avait conquise, elle se dirigea vers ce qu’elle venait d’entendre. Elle avança sur quelques dizaines de mètres à travers les arbrisseaux et leurs branchages pour finalement tomber au pied d’un tronc millénaire. Elle posa une main sur celui-ci, assura ses appuis sur ses imposantes racines et vint, de sa main libre, étouffer un buisson aux baies mauves qui la dissimulait, pour s’offrir un point de vue sur la source de ces rires intrigants plus qu’inquiétants.
Elle retrouva alors celui sans qui cette journée n’aurait rien eu d’extraordinaire, ce coquin de feu follet. Cette fois, il n’était pas seul. Il dansait dans les airs, à deux ou peut-être trois mètres du sol, mais il restait toujours, malgré ses vrilles folles, hors de portée des trois dryades qui sautaient, jouaient et dansaient avec lui.
Alathae était émerveillée par ces créatures majestueuses qui respiraient la joie de vivre et le bonheur et c’est tout naïvement qu’elle s’approcha d’elles. Elle s’extirpa du buisson qui lui servait jusqu’à lors de couverture, faisant grincer les branches de celui-ci sur ses habits de lins. Malheureusement, elle l’apprit à ses dépens, c’est son manque de discrétion qui la priva de quelque entretien que ce soit avec ces trois bijoux de la nature, comme elle aimait les appeler. Celles-ci disparurent du champ de vision d’Alathae aussi vite qu’elles étaient entrées dans sa vie.
Tel un rêve dont on est extirpé par un réveil forcé, ce moment divin qu’elle venait de passer entre ces arbres, leurs parfums et leurs douceurs, prit fin lorsqu’elle entendit son nom résonner entre les arbres. Elle reconnut plusieurs voix parmi celles qui l’appelaient, celle de son institutrice et celles de ses parents.
Le rêve prenait bien fin, et elle était contrainte de revenir à la réalité… pour son plus grand malheur.




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Alathæ la Rôdeuse

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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Mer 24 Aoû - 16:44

LA DECOUVERTE DE L’EQUILIBRE


Contexte :

  • Date : Environ -10 975 avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : La forêt environnant de Then’Ralore, dans les étendues sauvages et luxuriantes à l’Ouest du Puits d’éternité

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- N’oublies pas ce que je t’ai appris.
- Non, mère.
- Tes bras doivent être aussi rigides que la pierre et tes épaules aussi souples que l’herbe qui danse sous la brise. Ton regard doit être fixe sur ta cible mais ton atten…
- … mon attention doit être entièrement concentrée sur tout ce qui l’entoure. Je n’oublie rien mère.


La mère plisse les yeux et plonge son regard dans celui de sa fille, lui intimant par ce geste de se taire.

- Tu dois sentir chacun de ses mouvements afin de pouvoir anticiper jusqu’au prochain battement de son cœur et, alors, tu pourras lâcher toute ta force et ta détermination cumulées dans la tête de ta flèche.

Les deux kaldorei, arc en mains et carquois à la ceinture, sillonnent la forêt qui s’étend aux alentours de Then’Ralore à la recherche d’une proie. La mère s’arrête et dresse le bout de son nez en direction des nuages avant de mettre fin au silence ambiant :

- Nous l’avons trouvé.
- Qui donc, mère ?
- Celui que nous sommes venus chercher.


Dès cet instant, plus aucun bruit ne s’échappa des deux chasseuses en traque ni de leurs mouvements, l’une visiblement bien plus expérimentée que l’autre dans ce domaine. Leurs pas allaient désormais s’adapter aux reliefs du sol, sans avoir à regarder par terre, elles savaient éviter chaque branche ou feuille morte qui risqueraient de trahir leur présence.
Quelques arbres dépassés et une butte gravie plus tard, les deux femmes s’accroupirent au sommet de celle-ci. Une vue parfaitement dégagée leur offrait un horizon idéal sur un carré d’herbe en contrebas où se nourrissait un grand cerf aux dimensions hors normes. D’un geste de l’index, la mère indiqua à sa fille de l’imiter.
Elle extirpa une flèche de son carquois en cuir avant de la glisser dans la corde de son arc qu’elle empoignait d’une main ferme. Sa fille en fit autant. Elle mit ensuite en joue la majestueuse bête qui avait baissée sa garde pour s’offrir un festin de roi. A nouveau, sa fille l’imita. Seuls les crépitements des cordes s’étirant venaient tromper un silence absolu avant qu’elle ne murmure :

- Observe sa poitrine et vois son cœur battre à travers sa peau.

La fille s’exécuta. Ses bras étaient aussi rigides que la pierre et ses épaules aussi souples que l’herbe qui danse sous la brise. Son regard était fixe sur sa cible mais son attention était entièrement concentrée sur sa mère à ses côtés. Elle sentait chacun de ses mouvements afin de pouvoir anticiper jusqu’au prochain battement de son cœur et, alors, elle lâcha toute sa force et sa détermination cumulées dans la tête de sa flèche qui vint, une paire de secondes plus tard s’éclater contre une pierre aux pieds du grand cerf.
Impassible, sa mère ramena ses bras à la hauteur de sa taille, la flèche toujours armée dans la corde qu’elle avait délicatement désarmée et constata. Le royal cervidé, averti par l’impact, profita de la confusion pour s’éclipser dans quelques fourrés plus loin et disparaître, probablement pour toujours, dans les méandres de cette interminable forêt.

- Qu’as-tu fais ?! gronda la mère.

La jeune elfe, d’un air penaud, tenta de se justifier :

- Je suis navré mère, j’ai raté ma cible.

Muette, elle dévisagea longuement sa fille avant d’enchaîner :

- Je crois que tu es bien plus adroite que tu espères me le faire croire. Retrouve-le.

Et d’un geste de la main, elle ordonna à sa fille de se mettre en chasse du grand mammifère qu’elle espérait avoir sauvé par ce geste désespéré.

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Alathae disparu entre les branches et les buissons, dans la même direction que leur proie un instant plus tôt. Elle lisait les traces sur le sol et se dirigeait vers son but plusieurs minutes durant.

- Je ne peux revenir les mains vides, je la décevrais trop. Elle qui cherche en moins une aussi bonne chasseresse qu’elle est... Mais je ne le suis pas ! Le doute s'emparait de la jeune fille. Comment vais-je pouvoir ôter la vie à cette délicieuse créature ? Je ne veux pas de son sang sur mes mains …

Quelques bruits étrangers et la forte odeur qui saisie son nez mirent fin à ce débat. Elle tourna la tête sur le côté et, au pied d’un arbre, découvrit une scène dont elle ne pu échapper par son manque d’attention provoqué par les doutes qui l’envahirent. Elle ne pu plus que constater cet ours énorme qui pataugeait et glissait même, dans une flaque de sang frais pendant que sa gueule extrayait les organes vitaux du cerf déchu éventré devant lui.

Elle resta là, figée, subissant cette image atroce qui lui était imposée. Sa main quasi-inerte laissa son arc chuter et venir heurter le sol dans un clappement sourd. La jeune fille encore loin d’atteindre l’âge adulte essuya ses joues humidifiées par quelques larmes d’un revers de la main avant de, sans quitter l’ours du regard, saisir un couteau de chasse préalablement glissé à sa ceinture. Un hurlement de haine pour seul avertissement et Alathae se retrouva sur le dos de l’ours. Le pelage de celui-ci venait étouffer son visage tandis qu’elle exploitait un bourrelé de graisse comme seule prise et perforait par de multiples coups l’épaisse peau de l’ours.
Les rugissements de douleur de l’animal laissèrent rapidement place à des grondements de rage. L’ursidé se jeta sur le côté et fit chuter la jeune fille sans difficulté. Il lui assena un coup de sa large patte aux griffes surdimensionnées et la propulsa à terre quelques mètres plus loin. L’ours, ensanglanté et enragé, se rua en direction de la jeune fille.
Aussi rapide que le battement d’ailes d’un papillon, un inconnu s’était glissé, une lance dans les mains, entre l’ours et la jeune fille. Il intercala le cul de son arme entre les jambes de la jeune fille assise par terre et empoigna fermement une partie du manche de celle-ci avant de crier :

- Avec moi !

Alathae sans se faire prier davantage, imita l’inconnu, ce kaldorei imposant à la chevelure verte, et empoigna l’arme pour y mettre tout son poids et toute sa force.
Pour l’ours, victime de sa rage aveuglante, il était désormais impossible de s’arrêter et il vint s’embrocher sur la pique puissante des deux kaldorei prêts à l’impact. Sa gueule face à la jeune fille, il vint cracher un souffle haletant qui sentait la mort au visage d’Alathae,.
Assurés d’être hors de danger, les deux kaldorei se relevèrent et l’inconnu fit basculer le corps agonisant de l’ours sur son flanc.

- Ton combat est fini, chuchota-t-il à l’oreille de l’animal avant de l’égorger d’un geste précis et fulgurant.

Il essuya la lame de son couteau sur la chemise de lin qu’il portait et adressa un regard triste à celle dont il venait sans nul doute de sauver la vie.

- Ala’ ! Ala’ ! Des cris résonnèrent dans les bois environnant.

L’inconnu leva le menton en direction des appels avant de bondir à travers quelques buissons, lui aussi disparu, peut-être pour toujours.

- Ala’ ! Al …

La mère, arrivée avec précipitations, s’interrompit en découvrant le massacre. Elle était satisfaite que sa fille soit saine et sauve, bien entendu, mais elle déplorait ce qui lui était donné de voir. Elle se retourna vers sa fille, tentant d’effacer de son esprit ce triste tableau ensanglanté et s’adressa à elle d’une voix paisible mais déçue :

- Tu as cru sauver une vie aujourd’hui. Pour finalement préférer tuer par vengeance, causant plus de morts que ce pourquoi nous étions venus. Nous ne sommes pas des assassins, Alathae, nous ne tuons pas pour le plaisir. Nous ne sommes que des prédateurs, comme cet ours qui a perdu la vie gratuitement aujourd’hui par ta faute. Qu’Elune te pardonne.

La mère se mit en marche en direction de Then’Ralore sans dire plus aucun mot. Alathae la suivit, restant également muette. Elle avait apprit aujourd’hui, et bien plus qu’à l’accoutumée, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser à cet homme, cet inconnu qui venait de lui sauver la vie.




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"Je voudrais être un ours. Ils n'ont pas besoin de travailler, ils n'ont pas besoin de s'épiler ... et si quelqu'un t'emmerde, tu le manges."
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Alathæ la Rôdeuse

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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Sam 27 Aoû - 12:38

L’EFFONDREMENT D’UN PILIER

Contexte :

  • Date : Environ -10 950 avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : A mi-chemin entre Then’Ralore et Zin-Azshari, sur une route marchande

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Tous deux équipés d’un large sac qu’ils portaient sur l’épaule et de peaux de bête roulées sous leurs bras, Alathae et son père cheminaient au milieu d’une vingtaine de leurs semblables sur la voie marchande qui reliait Then’Ralore et Zin-Azshari. Quelques gouttes de pluie venaient s’éclater sur leur capuche déployée tandis qu’une légère brise faisait danser leur cape.

- Sommes-nous bientôt arrivés, père ?
- Encore quatre jours de marche, peut-être trois si Elle décide de mettre fin à cette pluie qui retient chacun de nos mouvements.


Sans un mot, la fille accéléra le pas, ce qui provoqua un sourire amusé sur les lèvres de son père.

- Je ne savais pas que vendre nos marchandises à la capitale te plaisait autant ma fille, se permit-il.
- Rien ne me tarde plus que notre retour, père, vous le savez très bien.
- Nos frères et sœurs de la capitale ont autant de bénéfice à tirer de ce que nous leur amenons que nous en avons de ce qu’ils auront à nous offrir en contrepartie. Ce voyage est indispensable.
- Ce voyage, oui, je l’entends, mais il n’est pas question de trainer.
- Si notre destin est d’arriver dans trois jours, augmenter notre allure ne nous fera pas arriver plus rapidement.


Un silence retentit pour seule réponse. Le père enchaîna :

- Tu espères rentrer plus tôt pour retourner dans la forêt ? Tu sais ce que ta mère en pense... Elle n’aime pas savoir que tu tournes en rond pendant des heures entre les arbres à la recherche de …
- Ne continuez pas père, je vous en prie.
- Elle s’inquiète ... Tu dois la comprendre.
- Elle ne s’inquiète que de ce que les gens disent de moi.


Un soupir désespéré venait trahir le père, il n’avait pas les mots pour contredire sa fille et de toute façon, aurait-il prit seulement un instant pour les préparer qu’il aurait été interrompu par cette flèche qui vint, subitement, se loger dans l’omoplate du kaldorei devant eux.

L’homme touché, s’écroula dans un râle terriblement angoissant. Tous les yeux se braquèrent sur celui qui venait surprendre toute l’assemblée en marche par son cri de douleur. Quelques secondes suffirent au groupe pour faire un effrayant constat aux vues de l’allure de ce projectile meurtrier avant de crier et courir dans toutes les directions :

- Trolls ! Trolls !
- Une attaque !
- Des trolls ! A couvert !
- Nous sommes attaqués !


Suivirent de ces cris d’alerte, une pluie de flèches, dont la précédente, fatale, n’était que la première.
Chacun courrait pour chercher à se réfugier derrière ce qu’il avait pu distinguer de plus sûr, un rocher ici, un arbre là ou parfois même le cadavre encore chaud d’un frère ou d’une sœur fraîchement abattu. L’ordre n’était plus.
Alathae, tenait fermement le corps de la flèche enfonçait dans sa cuisse dont la tête n’était même plus visible tant le choc avec sa chair avait été violent et le projectile lui avait perforé le muscle. Elle se retourna pour chercher du soutien dans le regard de son père mais elle ne découvrit qu’un sac large éventré au sol qui vomissait quelques épées encore étincelantes et un tas de fourrures roulées qui trainaient dans la boue.
Sans hésiter, ne se laissant pas immobiliser par la peur ou la douleur qui la dominaient, elle se jeta sous la charrette du convoi dont la bête de trait était venue s’étaler, sans vie, dans une flaque de sang sur le sol. Elle trouva là un abri qui la rassurait, du moins pour un instant.
Elle balayait les lieux du regard à la recherche de son père mais cette pluie incessante diminuait bien trop son champ de vision. Elle ne parvenait à distinguer que quelques uns de ses semblables cachés qui, comme elle, cherchaient des solutions autour d’eux pour mettre fin à cet enfer. L’agitation et le désordre qui s’était emparés de cette route encore paisible une dizaine de minutes plus tôt ne laissèrent pas le temps aux survivants de s’attarder sur les blessés. Ceux qui étaient avant l’attaque, des amis, des amants, des parents ou des enfants et qui n’avaient pas eu le temps ou la chance de se mettre à couvert n’étaient plus que des tas de chair sans vie échoués sur le pavé boueux d’une voie sans histoire.

Finalement, elle aperçut une silhouette qui courrait en direction des bois bordant le flanc sud de la route. Sans nul doute, cette chevelure d’un bleu unique qui surplombait une silhouette qu’elle reconnaissait bien ne pouvait être que celle de son père. L’une des épées qu’il avait lui-même forgée à la main, il traversait la pluie d’une vitesse impressionnante, allongeant ses pas déjà vifs et précis par de petits bonds, ils devenaient ainsi une cible bien trop difficile à atteindre pour les assaillants. Il s’enfonça ensuite dans les bois, franchissant les premiers arbres qui servaient de couverture aux archers trolls, et disparu.
La pluie de flèche s’interrompit soudainement et un voile de calme et de paix retomba sur le convoi, tranchant avec le tableau chaotique qui s’offrait aux survivants. Chacun d’eux s’observaient.

- Ce n’est pas terminé, pensaient-ils tous.

Et aucun ne se trompa. Trois chasseurs trolls armés jusqu’aux dents sortirent de leur planque, enjambant les buissons qui longeaient la lisière nord de la forêt. Un large sourire amusé et satisfait se dessinaient sur leurs lèvres fendues par d’énormes défenses. Ils traversèrent la dizaine de mètres d’herbe et de fleurs de distance qui séparait la forêt de la route d’un pas léger et confiant, se pointant au milieu des cadavres et des marchandises abandonnées et éparpillées. Ils menaçaient les survivants de leurs armes, les obligeant à quitter leur cachette pour venir s’agenouillaient au milieu de la scène. Le sang coulé s’était mêlé aux flaques d’eau et donnait une teinte rougeâtre aux pavés tandis que le ciel, masqué par une pluie de plus en plus abondante, noircissait l’horizon.
L’un des trolls fourra ses doigts dans sa bouche pour siffler ses acolytes planquaient dans le flanc sud, mais aucune réponse. D’un geste de la main accompagné de quelques mots incompréhensibles aux oreilles d’un kaldorei, il ordonna à l’un des siens de partir aux nouvelles de ceux qui ne répondaient plus, en direction du sud.
Celui qui semblait être le chef de cette escouade de chasseurs sans pitié empoigna la chevelure de l’une de leurs otages qui se tenait à ses pieds, sagement agenouillée comme il le lui avait été ordonné plus tôt. D’une douloureuse étreinte sur sa crinière, il dirigea le regard de sa prisonnière vers les cadavres de ses semblables. Le sourire amusé et sadique de ce prédateur sans morale fut bref et rapidement remplacé par un rictus de douleur. Cette grimace se figea sur le visage abimé du troll lorsqu’une flèche vint transperçait sa gorge. Quelques giclées de sang s’échappèrent de sa bouche comme unique réponse avant qu’il ne chute lourdement sur le sol.
Le dernier troll présent sur la scène, d’abord surprit par cette attaque fulgurante mais trop expérimenté pour se laisser dépasser par ses émotions, avait pu distinguer le lieu de provenance de cette flèche assassine. Ainsi, afin de se protéger d’une éventuelle seconde réplique, il s’empressa de saisir l’un de leur prisonnier et de s’en servir de bouclier.
Démuni et obligé, le père d’Alathae sortie de sa planque, celle qui avait également servi aux assaillants. Faisant tournoyer son épée dans le vent pour intimider son adversaire en lui donnant une preuve infaillible de la maîtrise avec laquelle il maniait son arme, il s’approcha d’un pas déterminé du troll preneur d’otage.

- Laisses-le et viens m’affronter, menaça-t-il le troll.

Sans parler sa langue mais comprenant bien les intentions du kaldorei, le troll dégagea sur le côté d’un coup de pied celui qu’il avait soumis et accepta l’affrontement.

- Père ! Il revient !

Alathae s’empressa de prévenir son père du retour du troll envoyé plus tôt sur le flanc sud à la recherche des renforts restés muets.
Le kaldorei qui avait disparu dans les buissons au sud pour réapparaître avec un arc troll en mains au nord, savait que sans effet de surprise, il n’avait aucune chance contre deux trolls à la fois et s’affaira à tuer le premier, celui qui osait encore respirer au milieu de cette scène d’horreur, avant que son collègue à la course désorganisée ne les rejoigne.

L’épée du kaldorei tinta contre la lance du troll. Quelques échanges de politesse musclés entrainèrent sang et sueur sur les visages des deux combattants jusqu’à ce que le chasseur ne se retrouve le crâne fendu, tranché par la lame affûtée de son adversaire qui vint briser sa boite crânienne.
Le craquement des os de son adversaire aspira toute son attention et brouilla le temps d’un instant tous ses sens. Il fallut le long cri d’une voix familière pour venir le sortir de cette confusion passagère.

- Père ! cria la fille d'un ton fataliste et horrifié.

Il tourna son regard vers celle qui avait tenté de l’avertir mais il était déjà trop tard. Il ne lui restait que le temps de faire le constat résigné qu’un javelot venait de le trouer en pleine poitrine. Frappé par la pointe glaciale d’un adversaire derrière lui qu’il avait presque oublié, elle vint déchirer sa peau, ses muscles et ses organes après avoir brisé sa cage thoracique.
Le troll frappeur laissa échapper un rire gras, satisfait d’avoir éliminé celui qui représentait la seule force de résistance dans ce groupe de marchands et d’artisans dépourvus de toute faculté à devenir violent et donc de se défendre.

Il observa autour de lui et compta ses acolytes chasseurs morts. Deux gisaient sur le sol et avaient rejoint les flaques de sang boueuses tandis que trois avaient été pourfendus dans les bois sans même avoir eu le temps de lâcher leur arc pour se saisir de leur masse ou de leur lance. Durant ce bilan, son rire s’était transformé en un simple sourire confiant et, maintenant, il n’était plus qu’une grimace niaise lorsqu’il s’aperçut que lui-même n’était plus armé. Il ramena son regard et son attention sur ceux qui étaient jusqu’à lors ses prisonniers et comprit, tout comme eux, que la roue avait tournée.
Les kaldorei motivés par un élan de rage sanguinaire s’équipèrent de ce qu’ils avaient sous la main, bâtons, pierres et même les armes des trolls exécutés, pour se rendre justice eux même.
Et pendant qu’un second massacre allait avoir lieu où l’agresseur allait être l’agressé, Alathae se jeta sur son père pour le réceptionner dans sa chute lente et douloureuse.

- N’écoutes rien d’autre que ton cœur, ma fille, il te guidera là où tu pourras trouver ta place.

Et dans un dernier souffle, les dernières lueurs de vie quittèrent son corps désormais inanimé. La fille restait là, à contempler le visage de son père lavé de toutes souillures par la pluie qui continuait de s’abattre sur eux, tandis que ces derniers mots résonnaient dans sa tête.




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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Jeu 1 Sep - 14:15

LA FEUILLE QUITTE L’ARBRE

Contexte :

  • Date : Environ -10 950 avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : Dans les faubourgs de Then’Ralore

* * *



* * *

Un sac baluchon de voyage suspendu au bout d’un long bâton porté sur l’épaule pour seul bagage, Alathae s’apprêtait à dépasser l’encadrement de la porte de la maison des Tendrepousse. Fuir cet endroit dont l’atmosphère était bien trop douloureux à supporter était une nécessité.

- Tu nous quittes ? l’intercepta sa mère.

Alathae se retourna silencieusement et la dévisagea, le regard sombre. La détermination lisible dans le regard de sa fille permis à la mère de répondre seule à cette évidence et reprit.

- Tu retournes dans la forêt ?
- M’en empêcherez-vous ?


La mère plongea alors sa main dans l’une de ses poches,  ignorant la question.

- Ton père souhaitait que je te donne ceci, pensant qu’il pourrait te défaire de tes doutes. Je n’étais personnellement pas de son avis car je ne t’estimais pas prête. Aujourd'hui, j’ai pensé que je pouvais respecter son souhait comme sa dernière volonté.

Elle dégaina alors, par des mouvements lents et précautionneux, un médaillon fermé en argent qui pendait au bout d’une chaînette faite du même matériau. Elle lui adressa un bref regard adulateur, rechignant presque à s’en séparer avant de tendre finalement le bras, proposant par ce geste à sa fille de s’en saisir.

- Il m’a permis de trouver ma voie. Puisse-t-il t’être aussi utile qu’à moi.

Alathae, sans conviction et davantage par respect, s’empara du bijou avec dédain. La mère continua :

- Ton père croyait qu...
- Ne me parlez plus de lui,
l’interrompit sa fille.  

Victime de la rage passagère qui s’était emparé d’elle, elle durcissait son étreinte sur le bijou enfermé et caché dans son poing.

- Depuis que son âme a quitté son corps, vous n’avez pas même versé une seule larme.
- Il a su gagner sa place dans le ciel, parmi les étoiles.  Il est mort avec honneur.
- Non ! Il est juste mort !


Elle fixa à nouveau sa mère, le regard toujours aussi sombre et lorsqu’elles n’eurent plus aucun mot à s’adresser, Alathae tourna les talons et quitta les lieux d’un pas convaincu.

- Qu’Elle veille sur toi, furent les derniers mots qu’Alathae eu l’occasion d’entendre de sa mère.




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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Lun 5 Sep - 11:48

COMME UN CAILLOU DANS LA CHAUSSURE

Contexte :

  • Date : Aux alentours du 11ème siècle avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : La cité des puissants mages d’Eldre’Thalas, à Féralas

* * *



* * *

A cette heure de la journée, l’affluence dans les rues d’Eldre’Thalas était à son summum. Les marchands réalisaient presque la moitié de leur gain quotidien là, tant ce moment était propice aux promenades, aux flâneries et aux achats spontanés. Cet instant de la journée où les animations se faisaient chaque jour plus nombreuses et plus folles pour distraire une population rassasiée. A chaque coin de rue, jongles embrasés, tours de magie exceptionnels ou encore prouesses gymnastiques tentaient de faire apparaître des sourires sur les visages des passants. Les enfants, eux, couraient innocemment dans les rues de la cité pour tenter d’attraper les dragons féériques bien habitués de ses lieux gorgés d’énergie arcanique, pendant que leurs parents se plaisaient à se retrouver une fois libérés de leurs tâches. Cette même heure préférée par les puissants mages bien-né pour se pavaner dans leurs derniers costumes, toujours plus beaux et toujours plus colorés, dans le but faire démonstration de leurs dernières acquisitions les plus onéreuses.
C’était ce moment précis de la journée où la vie entre les murs de la riche et célèbre cité des mages s’était forgée toute sa réputation.

Dans l’apparente euphorie ambiante, Melaniel, un jeune kaldorei vêtu, en ce jour ordinaire, d’un simple pantalon de lin et d’une chemise large, déambulait dans les rues bondées de cette ville où le luxe et le superficiel étaient maîtres. Alors qu’il s’apprêtait à s’offrir une poignée de baies lunaires pour combler un petit creux dans son estomac, il fut interrompu et surprit, comme ceux qui l’entouraient, par des cris mécontents provenant de la terrasse d’une auberge toute près.

- Pauvre bon à rien ! Tu as tâché mon manteau !
- Pa-pa-pardonnez moi … C’est un accident,
s’excusa le kaldorei qui venait de renverser le contenu de son verre sur le vêtement de soie colorée d’un mage.
- Un accident ?! Il n’y a pas d’accident ! Il n’y a que des maladroits !
- Je vous assure que c’est un accident, la chance pour seule fautive ! Elle m’a fait défaut et le verre m’a glissé des mains.
- La chance ? La chance dis-tu ? La chance n’a rien à voir là dedans ! A moins que tu insinues que la grande Elune t’ait fait renverser ce breuvage sur mon manteau par sa volonté ?
- Nullem…
- Je devrais te punir pour cet affront !
- Ce serait amusant !
ajouta un autre mage qui dinait à la même table.
- Non ! Pardonnez-moi, je vous en prie. J’ai été maladroit, vous avez raison. Je ferais en sorte que ça ne se reproduise plus.
- J’y compte bien !


Le mage, pourvu d’un sourire amusé qui avait balayé toute trace de mécontentement, se leva de sa chaise et menaça le kaldorei maladroit de sa main grande ouverte d’où s’échappèrent des traits flottants bleutés d’énergie arcanique. Ces rubans azurs vaporeux serpentèrent en direction de celui qui devait être puni pour cet affront. Ils vinrent danser autour de son cou avant de l’étreindre et le forcèrent ainsi à se courber aux pieds du mage qui jubilait devant cette preuve incontestable de sa puissance. Bien trop craintif pour adresser quelque résistance que ce soit à son agresseur qui l’avait forcé à poser un genou à terre, le kaldorei restait muet.
Les deux mages riaient à gorges déployées tandis que le puni semblait être à un souffle de perdre la vie tant il manquait d’air. Des gouttes de sueur suintaient de son front, ses yeux se révulsaient et son teint devenait rouge pendant que les veines de son front doublaient de volume. Finalement, et semble-t-il au bon moment, le mage relâcha son emprise magique sur celui qu’il avait fait passer, en un instant, d’homme à jouet, lui dérobant toute dignité devant un public effrayé qui se délectait, malgré l’atrocité de la scène, de cette animation imprévue.
Le kaldorei à terre, retrouvait son souffle dans d’atroces gémissements pendant qu’il fuyait la scène, rampant comme il pouvait car encore incapable de se relever.

Melaniel, spectateur choqué de ce triste et abject spectacle, laissa tomber les baies qu’il avait saisie plus tôt pour venir s’emparer d’une caisse posée là, au pied de l’étalage du marchand de fruits. Ainsi équipé, il traversa la foule qui retournait déjà à ses occupations sans accorder davantage d’intérêt à ce qui venait pourtant de se dérouler sous leurs yeux indifférents, ni à la victime souffrante et malmenée, ni à l’agresseur comblé. Il balança au sol ce qui serait son estrade et se issa à son sommet.
Perché sur cette caisse en bois au centre de la grande place d’Eldre’Thalas, le jeune kaldorei gesticulait, abordant chacun de ses semblables présents :  

- Assez ! Mes frères, mes sœurs, c’en est assez ! Nous sommes les enfants des étoiles n’est-ce pas ? Il nous a été donné la possibilité de nous élever grâce à la bénédiction de la vénérée Elune. Ne jouons pas avec cette opportunité. Réveillons-nous. Voilà bien trop longtemps que l’on se joue de nous, qu’on nous traite comme du bétail dont on s’accorde les faveurs dès lors qu’on lui offre un os à ronger.

Melaniel désigne de l’index le mage qui venait, l’instant d’avant, d’utiliser ses compétences magiques.

- Ces pantins déguisés avides de magie et prêt à tout se croient supérieurs et plus méritants que les autres. Nous autres. Ces mêmes qu’ils méprisent.

Le jeune protagoniste laissa régner un court silence, profitant de celui-ci pour sonder ceux qui était là à l’écouter.

- Comprenez que nous ne sommes rien pour ceux qui prétendent vouloir le bien de notre peuple. Ils jouent aux dieux à longueur de journée et s’admirent comme tels. Par leur faute, nous en oublions jusqu’à notre affinité avec l’essentiel, la Nature. Ne risquons pas de perdre par orgueil tout ce qui nous a été généreusement offert et enseigné. Réveill-…

S’en avoir le temps de terminer sa phrase, de nouveaux traits bleutés d’énergie arcanique, les mêmes que ceux utilisaient plus tôt, vinrent le saisir par le cou et les poignets, le propulsant à terre, au pied du mage qui venait de se rendre justice.

- Tu n’es pas digne de vivre sous notre protection !
lança le mage à celui qu’il venait de rendre muet.

Aucun mot ne pouvait plus s’échapper de la bouche du jeune homme mais il ne baissa pas pour autant le regard.

- Oui, regarde-moi …
un sourire sadique venait fendre les lèvres du bien-né. Ainsi, tu pourras te voir mourir dans le reflet de mes yeux.

L’assemblée présente autour de Melaniel se resserrait au fur et à mesure que l’étreinte sur son cou en faisait de même. La foule, étouffante par sa présence et menaçante par son insistance, se rapprochait du mage et de sa victime.

- Elune doit t’avoir à la bonne aujourd’hui. Je ne vais pas te tuer.
précisa le costumée qui sentait l’atmosphère s’alourdir.

Il relâcha lentement et à contre cœur son étreinte et Melaniel, qui n’avait pas baissé le regard malgré la souffrance provoquée par la strangulation, se releva fièrement. Les gardes avaient eu le temps d’arriver sur les lieux et ils le saisirent fermement lorsque l’ordre leur en fut donné par un geste de l’index du mage.

- Cependant … Ton impertinence ne restera pas impunie. Etant donné que tu es incapable de reconnaître ce que nous apportons au peuple d’Eldre’Thalas, je te condamne au bannissement. Amenez-le aux portes de la cité !
ordonna le bien-né.

* * *

-     Une trentaine d’année plus tard     –

* * *

Aussi rapide que le battement d’ailes d’un papillon, Melaniel s’était glissé, une lance dans les mains, entre l’ours et la jeune inconnue. Il intercala le cul de son arme entre les jambes de la jeune fille assise par terre et empoigna fermement une partie du manche de celle-ci avant de crier :

- Avec moi !

L’inconnue en détresse, sans se faire priver davantage, imita Melaniel, ce kaldorei imposant à la chevelure verte, et empoigna l’arme pour y mettre tout son poids et de toute sa force.
Pour l’ours, victime de sa rage aveuglante, il était désormais impossible de s’arrêter et il vint s’embrocher sur la pique puissante des deux kaldorei prêts à l’impact. Sa gueule face à la jeune fille, il vint cracher un souffle haletant qui sentait la mort sur son visage.
Assurés d’être hors de danger, les deux enfants des étoiles se relevèrent et Melaniel fit basculer le corps agonisant de l’ours sur son flanc.


- Ton combat est fini, chuchota-t-il à l'oreille de l'animal avant de l'égorger d'un geste précis et fulgurant.

Il essuya la lame de son couteau sur la chemise de lin qu’il portait et adressa un regard triste à celle dont il venait sans nul doute de sauver la vie.

- Ala’ ! Ala’ ! Des cris résonnèrent dans les bois environnant.

Melaniel  leva le menton en direction des appels avant de bondir à travers quelques buissons, disparu, peut-être pour toujours.

* * *

Le jeune homme courrait aussi vite que cela lui était possible et, même s’il savait au fond de lui que le danger que représentaient ces deux kaldorei était désormais loin et dépassé, il continuait. C’était une façon pour lui de réfléchir, de se concentrer, de méditer même. Il sprintait à travers les arbres, baissant la tête quand une branche le gênée ou bondissant de côté lorsque une racine ou un arbuste lui faisait obstacle.
Il n’aimait pas tuer, et ce pour quelque raison que ce soit. Selon son Shan’do la mort ne devait jamais être une solution. Il avait parfaitement conscience qu’il venait à l’instant de sauver la vie de cette jeune inconnue en s’emparant de celle de l’ours innocent mais, tuer un enfant de la nature, était beaucoup trop douloureux et bien plus pénible qu’il ne l’avait jamais imaginé.
Pour ces raisons, une part de lui haïssait celle qu’il venait de sauver. Mais, incapable de maîtriser ses sentiments, il ne pouvait que constater qu’une autre part de lui-même l’adorait. Il admettait avoir été subjugué par la beauté de cette intrus à l’arrivée tumultueuse, c’était un fait. Il reconnaissait même qu’il s’était retrouvé réjouie de revoir l’une de ses semblables. Peut-être étaient-ce là les seules explications à ce désir ardant de revoir cette mystérieuse beauté sauvage qui brûlait en lui.

Il continua sa course jusqu’à ce qu’il se retrouve au bord d’un petit lac sauvage. Les pieds dans l’eau jusqu’aux chevilles, il fut contrait de s’arrêter face à cette barrière naturelle apparue sur son chemin et décida alors de s’accorder un instant. Il s’assit par terre, les pieds toujours enfoncés dans l’eau fraîche du lac mais les fesses posées au sec. Il songea un moment.

Il pensait à cette vie qu’il venait de supprimer et à cette jeune femme. Il savait qu’il avait agit avec rapidité et précipitation. Maintenant, il se demandait s’il avait bien fait d’intervenir ou s’il n’aurait pas plutôt dû laisser le destin décider à sa place de l’issue de ce combat. L’absence de réponse à cette question l’aurait sans aucun doute tourmenté des jours ou des semaines entières, mais il n’en fut rien. Un regard anodin posé sur sa main qui caressait machinalement la terre sableuse où il avait trouvé repos lui permit de se défaire de tous ses doutes. Mirage ou réalité, il remarqua que les traces qu’il dessinait à l’aveuglette sur le sol esquissaient un portrait, celui de la jeune elfe.
Etait-il victime de ce visage qui l’obsédait déjà sans qu’il ne s’en rende compte ou s’agissait-il du message de puissances qui le dépassaient. Là était maintenant la question qui allait troubler sa paix intérieure.




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Alathæ la Rôdeuse

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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Lun 12 Sep - 17:05

LE DEBUT D’UNE NOUVELLE VIE

Contexte :

  • Date : Environ -10 950 ans avant l’ouverture de la porte des ténèbres

  • Lieu : Les étendues sauvages et luxuriantes à l’Ouest de Then’Ralore

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Son baluchon sur l’épaule, un arc dans le dos et le médaillon d’argent profondément enfoui dans une poche de son gilet, Alathae traversait depuis plusieurs jours l’interminable forêt qui s’étendait à l’Ouest de Then’Ralore. Il lui avait était donné, déjà et à de maintes reprises, l’opportunité de s’émerveiller devant la beauté de multiples lieux splendides, ainsi que des animaux et créatures magiques qui les peuplaient. Malgré cela et ravie de toutes ses découvertes, elle ne parvenait pas à satisfaire le besoin qui l’avait amené ici, si loin de ses terres natales.

Un soir, anodin d’apparence, où un vent glaciale avait invité une pluie diluvienne à s’abattre sur le modeste campement éphémère de la jeune elfe, l’arc de celle-ci se rompit alors qu’elle ne cherchait qu’à changer innocemment sa corde usée. Elle resta d’abord silencieuse devant cet imprévu qui aurait provoqué la rage de plus d’un aventurier ainsi abandonné par le sort, avant de constater. L’une de ses bottes était trouée et son pied saigné depuis plusieurs kilomètres parcourus. Ses réserves de nourriture n’étaient plus et les baies qu’elle s’était risquée à manger lui avaient provoqué de fortes indigestions. Ses avant-bras et ses jambes étaient griffés de toutes parts suite à quelques traversées hasardeuses tentaient par des fourrés et certaines de ces plaies s’étaient même infectées.
Maintenant, son arc l’abandonnait. La privant à la fois d’arme pour se défendre et de toute chance d’espérer chasser un gibier ou deux.

Au milieu d’une telle infortune, Alathae décida de dresser un bilan du matériel qui restait fonctionnel et en bonne état. Elle éventra son sac sur le sol boueux et, à son grand regret, l’inventaire fut plus bref qu’elle l’espérait. Elle pu rapidement s’apercevoir que seul le médaillon au fond de sa poche n’avait pas subit les caprices de cette impénétrable forêt.
L’instant d’après, dans un moment de faiblesse où elle ne parvenait plus à trouver du réconfort dans ce qui l’entourait, elle dégaina le bijou confié par sa mère.
Jusque là, elle s’était refusé de porter la moindre attention sur ce qui était le dernier héritage de la famille qu’elle avait quitté mais sans jamais avoir été capable de s’en débarrasser. Certes, le médaillon lui avait été transmis par sa mère, mais il le lui avait été par respect de la volonté de son père.

Elle caressa durant plusieurs heures les contours du pendentif, sa chainette argenté et ses gonds qui tenaient les battants du médaillon fermés. Finalement, elle décida de l’ouvrir. Elle ne savait pas ce qu’il renfermait et y avait souvent pensé depuis le début de son voyage mais elle ne se résigna à succomber à cette curiosité qu’à ce moment où l’espoir avait commencé à la quitter.
Ce qu’elle découvrit fut troublant. Alors qu’elle s’attendait à tout et à rien en particulier à la fois, elle découvrit qu’une eau limpide tapissait l’intérieur du médaillon par un habille jeu de magie. L’eau à l’intérieur ressemblait à une flaque qui ne subissait aucune gravité comme elle l’aurait dû. Alathae tourna naïvement le médaillon dans tous les sens pour faire couler l’eau qui aurait dû s’écouler sur le sol, mais ce ne fut pas le cas. Le liquide restait comme aimanté au fond du corps du médaillon qui faisait alors office de récipient.
Les oreilles dressaient par cette surprise, Alathae oublia l’espace d’un instant tous les malheurs qui s’étaient abattus sur elle et elle contemplait, bouche bée, ce qui n’était en somme qu’un miroir. En effet, malgré quelques secousses provoquées par les mouvements et la manipulation du bijou, l’eau restait exceptionnellement plane à l’intérieur et offrait ainsi un reflet parfait.

- Je n’y crois pas, il ne s’agirait alors que d’un simple miroir,
se surprit-elle à constater à voix haute.

Alors qu’elle contemplait l’image de son visage dans le reflet de l’intriguant miroir, la rage qu’elle était parvenue à canaliser jusqu’à ce moment grâce à l’espoir de trouver une réponse resurgissait. Elle venait de mettre tous ses dernières espérances dans une babiole, un simple jouet, et cette idée la rendait folle. Elle adressa un dernier regard sombre à son reflet, motivée par l’idée d’envoyer balader le médaillon contre le tronc d’un arbre massif, avec pour dessein secret de le voir s’exploser en dizaines de morceaux, lorsqu’elle fut finalement surpris par la vision d’un feu follet qui dansait derrière elle.
Elle rapprocha le miroir de son visage, plissant les yeux pour aiguiser sa vue et s’assurer de ce qu’elle venait de voir. Elle n’avait pas eu l’occasion de revoir l’une de ces créatures magiques et sauvages depuis sa toute petite enfance, ainsi, elle craignait qu’il ne s’agisse que d’un mirage provoquée par l’affaiblissement de son esprit à ce moment précis où tout semblait l’avoir abandonné. Elle affronta la réalité en glissant un regard curieux par-dessus son épaule.

Quelle joie s’empara d’elle lorsqu’elle s’aperçut qu’il était bien là, dansant et transperçant les épaisses gouttes de pluie.
Le feu follet avait attendu de s’assurer que la jeune femme ait bien pris connaissance de sa présence avant de partir dans une direction bien précise à travers les arbres. Elle ne perdit pas une seconde pour emboîter le pas de son guide sans prendre le temps de se soucier d’éviter ne serait-ce que les flaques de boues qui jonchaient le sol. Bien décidée à ne pas le laisser disparaître une nouvelle fois, elle le suivait silencieusement.

* * *

Celui qui s’était improvisé berger pour sortir la jeune elfe de ses tourments, l’avait mené jusqu’aux eaux troubles d’un marécage, où les ramures de grands arbres jouaient le rôle d’immenses parapluies.
Ici, seules quelques rares gouttes perçaient les denses feuillages pour venir se claquer sur une eau boueuse et stagnante. Ce terrain qui semblait bien hostile à la jeune elfe, ralentissait et alourdissait ses pas mais sa motivation lui permis de continuer sa traversée.
Finalement, en ce qui semblait être le centre de ce marais, le feu follet s’attarda sur un arbre particulier. Il était certes le plus gros et le plus haut de l’endroit, mais ce qui le démarquait essentiellement des autres étaient les sortes de runes étranges gravées sur son tronc. Le guide azur aillé vint alors s’amuser à tournoyer autour de l’arbre avant de venir se loger dans l’une des multiples lanternes suspendues aux extrémités des branches qui faisaient office de niche à d’autres feux follets désireux de s’abriter du mauvais temps.

Elle qui avait pensé que son guide était unique en son genre fut agréablement surprise de s’apercevoir qu’il n’était qu’un parmi tant d’autres. Elle se demanda alors si celui qui était venu la trouver au bord de son désespoir aujourd’hui était le même qui l’avait attiré dans la forêt lorsqu’elle était plus jeune. La question n’occupa guère longtemps son esprit, non pas parce qu’elle y trouva réponse mais le spectacle qui lui était offert de contempler à cet instant lui permis de vider son esprit de toutes pensées futiles.
Observant cet arbre massif aux courbes folles et désorganisés, elle aperçut une porte au centre de son tronc et des fenêtres au milieu de ses racines distordues.

* * *

Depuis une bonne paire d’heures, Alathae, à l’abri des feuillages, observait cet arbre-maison. Elle admirait ses feux follets qui paraissaient si tranquille et l’aura de paix dans lequel baignée ce grand et massif enraciné. Elle en oubliait toutes ses souffrances et les malheurs qui s’étaient abattus sur elle plus tôt.
Elle sortit de ses délicieuses pensées lorsqu’une main vint trouver une place sur sa clavicule. Contre toute attente, elle ne fut victime d’aucune peur ou surprise lorsqu’on vint l’empoigner par l’épaule. Elle ne saurait l’expliquer, mais elle y était préparée. Au fond d’elle même, et sans savoir l’expliquer, elle se doutait qu’on la surveillait.

- On m’a avertit de ton arrivée,
enchaina une voix masculine.

Sans répondre, Alathae dévisagea celui qui venait l’interpeller. Melaniel était un elfe de la nuit costaud qui répondait aux critères de beauté de la société elfique de cette époque et Alathae ne pouvait visiblement pas en dire autrement, pour preuve ce sourire rêveur et presque niais qui s’était offert une place sur le visage autrefois si désespéré de la jeune aventurière.

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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Mer 2 Nov - 11:22

UN MONDE À LA DÉRIVE

Contexte :

  • Date : Environ -10 550 ans avant l’ouverture de la porte des ténèbres


  • Lieu : Les étendues sauvages et luxuriantes à l’Ouest de Then’Ralore

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Au cour d’une nuit ordinaire où les deux kaldoreis enlacés et allongés dans l’herbe épaisse et grasse d’un pâturage tranquille observaient les étoiles dans le magnifique ciel clair et dégagé qui s’offrait à eux, Alathae vint rompre le silence :

- Pourquoi te refuses-tu toujours à me parler de là où tu viens et de ceux qui étaient tiens ?

Pour seule réponse, Melaniel accorda un simple regard tranquille à celle qui était aujourd’hui sa bien aimée. La jeune femme reprit.

- Tu sais tout de moi et de ceux qui m’ont entouré. Mon passé n’a aucun secret pour toi.

Sans argumenter davantage, Alathae laissa, par un silence oppressant, la parole au kaldorei qui l’enlaçait et la caressait machinalement du bout des doigts depuis plusieurs heures déjà.

- Je vais te narrer une histoire. Elle n’est ni la mienne, ni celle du lieu d’où je viens car celui-ci ne mérite nullement qu’on lui porte le moindre intérêt. Rien d’autre n’est plus nécessaire que de le condamner à l’oubli. Néanmoins, elle pourra t’aider à comprendre ce que j’ai cherché à fuir.

Sans un mot, la jeune kaldorei se redressa sur son postérieur trempée par l’herbe humide et ramena ses genoux contre sa poitrine, saisissant le pendentif légué par sa mère de ses mains bleutées par le reflet de la lune et déposant son menton sur ses rotules. Elle prêta dès lors une oreille des plus attentives à celui qui, près d’elle, restait allongé sur le dos, les mains jointes derrière sa nuque en guise d’appuie-tête et le regard figé dans le ciel étoilé. Il narra d’un ton monocorde :

- Loin d’ici, vivait une impératrice qui aimait plus que tout les habits neufs. Il avait un costume pour chaque heure de chaque jour de la semaine.

Dans la grande ville où elle habitait, l’une des plus vivantes de son empire, beaucoup d'étrangers arrivaient et repartaient après s’être occupé de leurs affaires.

Un jour, arrivèrent deux escrocs qui affirmèrent être tisserands et être capables de pouvoir tisser la plus belle étoffe que l'on pût imaginer. Non seulement les couleurs et le motif seraient exceptionnellement beaux, mais les vêtements qui en seraient confectionnés posséderaient l'étonnante propriété d'être invisibles aux yeux de ceux qui étaient idiots.

Ce serait des vêtements précieux", se dit l'impératrice. "Si j'en avais de pareils, je pourrais départager les intelligents des imbéciles ! Je dois sur le champ me faire tisser cette étoffe!"
Ils installèrent deux métiers à tisser et firent semblant de travailler car il n'y avait absolument aucun fil sur le métier.

Dans la ville, tout le monde parlait de la magnifique étoffe en court de tissage, et l'impératrice voulu la voir de ses propres yeux tandis qu'elle se trouvait encore sur le métier. Accompagnée de toute une foule de dignitaires, sa majesté n’aperçut rien, semble-t-il comme tous ceux qui étaient à sa suite.

"Comment!, pensa-t-elle, mais je ne vois rien! C'est affreux! Serais-je sôte ? Ne serais-je pas fait pour être impératrice? Ce serait bien la chose la plus terrible qui puisse jamais m'arriver."

"Magnifique, ravissant, parfait, dit-elle finalement, je donne ma plus haute approbation!" Elle hocha la tête, en signe de satisfaction, et contempla le métier vide; mais elle se garda bien de dire qu'elle ne voyait rien. Tous les membres de la suite qui l'avait accompagné regardèrent et regardèrent encore; mais comme pour tous les autres, rien ne leur apparût et tous dirent comme l'impératrice: "C'est véritablement très beau !"

Merveilleux était le mot que l'on entendait sur toutes les lèvres, et tous semblaient se réjouir.
"Voyez, Majesté, voici le pantalon, voilà la veste, voilà le manteau!" et ainsi de suite. "C'est aussi léger qu'une toile d'araignée; on croirait presque qu'on n'a rien sur le corps, mais c'est là toute la beauté de la chose!"

"Votre Majesté Impériale veut-elle avoir l'insigne bonté d'ôter ses vêtements afin que nous puissions lui mettre les nouveaux, là, devant le grands miroir !"

"Diantre ! Comme cela vous va bien. Quels dessins, quelles couleurs", s'exclamait tout le monde.

L’impératrice, convaincue, se décida à présenter son nouveau bien à son peuple et s’en alla battre le pavé de ses rues.

C'est ainsi que la souveraine marchait devant une foule sous le magnifique dais, et tous ceux qui se trouvaient dans la rue ou à leur fenêtre disaient: "Les habits neufs de l'impératrice sont admirables ! Quel manteau avec traîne de toute beauté, comme elle s'étale avec splendeur !" Personne ne voulait laisser paraître qu'il ne voyait rien, puisque cela aurait montré qu'il était sot. Aucun habit neuf de l’impératrice n'avait connu un tel succès et pourtant celui-ci n’existait pas.

Quelques silencieuses secondes vinrent conclure le récit du jeune homme avant qu’Alathae ne demande :

- Quelle est la fin de ton histoire ?
- Je ne la sais pas encore,
termina sobrement Melaniel afin de mettre un terme à cette histoire qui lui coûtait beaucoup à partager.




*          *          *

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Alathæ la Rôdeuse

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MessageSujet: Re: Depuis la forêt   Sam 3 Déc - 16:45

LE FEU BRÛLE

Contexte :

  • Date : Environ -10 550 ans avant l’ouverture de la porte des ténèbres


  • Lieu : Les étendues sauvages et luxuriantes à l’Ouest de Then’Ralore

- - - - - - - - - -

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C’est d’un pas léger et par des gestes silencieux qu’Alathae vint se dissimuler derrière l’imposant tronc d’un magnifique châtaigné planté là. Veillant à n’émettre aucun son et à ne pas attirer l’attention, elle laissa un œil et une oreille dépasser discrètement de sa planque afin de voir et d’entendre ce qui se tramait plus bas, dans une clairière tranquille que sa position lui permettait de surplomber.
Là, dans cet espace sauvage et verdoyant, une imposante créature se tenait fièrement face à Melaniel. Elle avait le corps d’un puissant cerf sur lequel se dressaient avec autorité un buste et un visage quasi-identiques à ceux des kaldoreis. Même s’il y ressemblait beaucoup, quoi que plus masculin, elle ne le confondait pas avec les dryades qu’elle avait déjà pu rencontrer dans sa jeunesse. Elle le savait, Melaniel lui avait déjà raconté certaines de leurs précédentes rencontres, c’était un Gardien du Bosquet. Le jeune homme s’adressait à lui avec beaucoup de respect et l’appelait, depuis longtemps déjà, « Shan’do ».

Par son positionnement stratégique, Alathae parvint à saisir quelques bribes de leur conversation.

- Nous en avons déjà discuté, Melaniel.
Le maître s’exprimait d’une voix grave et puissante qui résonnait dans l’air.
- Vous devriez lui accorder une chance, je la sais pleine de bonnes intentions.
- J’ai pu apprendre par mes voyages et mes rencontres qu’une personne animée de toute la bonne volonté du monde, peut arriver à faire des catastrophes.
- Je n’aurais jamais pu percevoir le monde tel qu’il est sans vos enseignements, Shan’do, je vous en prie, donnez-lui l’opportunité d’y voir plus clair.
- Ne m’oblige pas à me répéter, mon ami.
Le gardien déposa un regard navré sur son apprenti. Mes mots sont choisis, mes intentions réfléchies et ma réponse pourtant claire. Fais en sorte que je n’ai plus à me répéter et veilles à ce que mes paroles ne soient pas vaines.

Dépassée par ses émotions, la jeune elfe quitta sa planque et descendit d’un pas courroucé de la butte qui lui avait offert jusque-là une place privilégiée.

- Ne suis-je pas digne de recevoir vos enseignements ? Ou n’apprenez-vous vos secrets qu’aux hommes ?! Qu’ai-je donc bien pu faire pour mériter une telle obstination dans votre refus ?

Melaniel, qui ignorait jusque-là qu’il avait été suivi par sa jeune compagne, fut surpris de la voir arriver avec tant de fracas. En revanche, le Shan’do lui, semblait averti que la trouble-fête s’apprêtait à pointer le bout de son nez et il l’accueillit sans le moindre mot, lui prêtant toutefois une oreille des plus attentives avant de répliquer.

- J’entends ce que la nature raconte, je vois ce qu’elle dessine et je ressens ce qu’elle exprime. La forêt m’a parlé de toi, jeune elfe, et la décision que j’ai prise m’appartient.

Les joues écarlates de la jeune femme virent une larme ruisseler sur leurs courbes tandis que l’amour qu’elle portait à Melaniel agissait comme bâillon, elle n’ajouta aucun mot et tourna les talons, plus enragé encore que lors de son apparition, pour quitter les lieux.

- Elle percevait vos enseignements comme la lueur d’un phare dans l’océan déchainée dans lequel son radeau s’égare,
la défendit Melaniel.
- Les étoiles dans le ciel brillent toujours, même lorsque les nuages nous empêchent de les voir, mon ami.
Il déposa une main amicale sur l'épaule du kaldorei avant de conclure. Nous nous retrouverons demain au même endroit que d’habitude.

Sur ces derniers mots, le gardien s’en retourna dans la forêt, laissa là un Melaniel désemparé.




*          *          *

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